Arabie saoudite – tableau Coupe du monde : retour sur un Mondial 2026 qui laisse un goût amer

Quatre-vingts minutes. C’est le temps pendant lequel l’Arabie saoudite a cru rejouer le coup de Lusail. Le 15 juin, à Miami, Abdulelah Al-Amri ouvre le score juste avant la pause face à l’Uruguay de Marcelo Bielsa. Et là, tout le monde repense à 2022 et à cette victoire folle contre l’Argentine de Messi.

Sauf que Maxi Araújo égalise à la 80e minute. Ensuite, l’Espagne déroule (4-0), puis le Cap-Vert ferme la porte (0-0). Résultat ? Deux points, une dernière place dans le groupe H et un retour à la maison dès la fin juin.

Quatre mois plus tard, alors que les Saoudiens viennent de soulever la Coupe du Golfe à domicile, c’est le bon moment pour reprendre le tableau de la Coupe du monde à froid. Ce qui a marché, ce qui a coincé, et ce qui arrive maintenant.

Un groupe H où tout semblait jouable

Autant le dire tout de suite : sur le papier, le tirage n’était pas un cadeau. L’Espagne, championne d’Europe et deuxième au classement FIFA au moment du tournoi. L’Uruguay, double champion du monde, coaché par Bielsa. Et le Cap-Vert, petit poucet absolu, qui disputait la première Coupe du monde de son histoire.

Mais le nouveau format à 48 équipes changeait la donne. Les deux premiers de chaque groupe passaient, plus les huit meilleurs troisièmes. Avec 32 qualifiés sur 48, finir troisième avec quatre points suffisait souvent. Pour une sélection classée autour de la 60e place mondiale, l’objectif était clair : prendre des points à l’Uruguay et battre le Cap-Vert.

Le premier soir, d’ailleurs, tout s’alignait. L’Espagne venait de se faire tenir en échec par le Cap-Vert (0-0), et après le nul saoudien face à l’Uruguay, les quatre équipes du groupe se retrouvaient à égalité. Tout le monde y croyait.

Arabie saoudite – tableau Coupe du monde : le classement final du groupe H

Voilà ce qu’a donné le groupe H au coup de sifflet final de la troisième journée.

RangÉquipeJGNPBPBCDiff.Pts
1Espagne321050+57
2Cap-Vert30302203
3Uruguay302134−12
4Arabie saoudite302115−42

Le scénario est cruel. Le Cap-Vert passe avec trois nuls et seulement trois points. L’Uruguay et l’Arabie saoudite terminent avec deux points chacun, départagés à la différence de buts. Et avec deux points, impossible de figurer parmi les huit meilleurs troisièmes : les deux sélections sortent.

Petit détail qui pique : c’est la deuxième Coupe du monde de suite que les Saoudiens finissent derniers de leur groupe. Déjà au Qatar, malgré l’exploit contre l’Argentine, ils avaient terminé quatrièmes.

Arabie saoudite – tableau Coupe du monde : les trois matchs en un coup d’œil

Date (heure locale)AfficheScoreStadeButeurs
15 juin 2026Arabie saoudite – Uruguay1-1Hard Rock Stadium, MiamiAl-Amri (41e) ; M. Araújo (80e)
21 juin 2026Espagne – Arabie saoudite4-0Mercedes-Benz Stadium, AtlantaYamal (10e), Oyarzabal (21e, 24e), Al-Tambakti c.s.c. (49e)
26 juin 2026Cap-Vert – Arabie saoudite0-0NRG Stadium, Houston–

Un but marqué, cinq encaissés. Le bilan comptable résume assez bien le tournoi. Mais derrière les chiffres, chaque match raconte une histoire différente.

Le film du tournoi, de Miami à Houston

Miami : 80 minutes à rêver d’un nouvel exploit

Contre l’Uruguay, les hommes de Georgios Donis ont joué le match qu’on attendait d’eux : bloc bas, solidarité, et un coup à jouer sur coup de pied arrêté. Il arrive à la 41e minute. Sur un corner, Hassan Al-Tambakti place une tête, Fernando Muslera repousse et Al-Amri, le défenseur d’Al-Nassr, suit pour pousser le ballon au fond.

Le problème, c’est que la Celeste a ensuite pris le match à la gorge. Concrètement, les Uruguayens ont eu le ballon 67 % du temps et ont tenté 27 tirs, contre 7 pour les Saoudiens. Mohammed Al-Owais a multiplié les arrêts, mais il a fini par plier sur une reprise d’Araújo après un premier sauvetage. Un nul arraché, oui. Mais un nul subi.

Atlanta : la claque face au futur champion

Six jours plus tard, changement de décor. L’Espagne, vexée par son 0-0 inaugural, a joué en mode rouleau compresseur. Lamine Yamal ouvre dès la 10e minute, Mikel Oyarzabal plante un doublé express (21e, 24e) et Al-Tambakti, malheureux, marque contre son camp au retour des vestiaires.

Ce 4-0 représente la pire défaite saoudienne en Coupe du monde depuis le 0-5 face à la Russie en ouverture du Mondial 2018. On ne va pas se mentir : ce soir-là, le match était plié avant la demi-heure.

Houston : un 0-0 qui ne suffit pas

Dernier match, dernière chance. Face au Cap-Vert, il fallait gagner. Les Saoudiens ont montré un autre visage qu’à Atlanta, plus appliqués, plus serrés. Al-Owais a encore sorti une parade décisive sur une frappe de Willy Semedo, et Mohamed Kanno a eu une belle occasion de la tête juste avant la pause.

Mais le but n’est jamais venu. Dans le même temps, l’Espagne battait l’Uruguay 1-0 (but d’Álex Baena), ce qui envoyait le Cap-Vert en seizièmes. Un 0-0 historique pour les Requins bleus, un 0-0 d’adieu pour les Faucons verts.

Pourquoi les Faucons verts n’ont jamais décollé

Il serait facile de tout mettre sur le dos d’un tirage compliqué. Sauf que plusieurs signaux d’alerte clignotaient bien avant le premier match. Hervé Renard, revenu sur le banc pour remplacer Roberto Mancini, a été écarté après une série de mauvais résultats en amical en mars, dont un 0-4 face à l’Égypte et une défaite 2-1 en Serbie. Georgios Donis a été nommé fin avril, avec un contrat jusqu’en juillet 2027. Moins de deux mois avant le tournoi.

Pour faire simple, voici les raisons qui reviennent le plus souvent quand on analyse ce Mondial raté :

  • un changement d’entraîneur à quelques semaines de la compétition, sans vrai temps pour installer des automatismes ;
  • une attaque quasi muette : un seul but en trois matchs, inscrit par un défenseur sur un ballon relâché ;
  • une grosse difficulté à faire le jeu, visible face à l’Uruguay puis face au Cap-Vert, quand il fallait absolument marquer ;
  • un groupe presque entièrement issu du championnat saoudien, où les internationaux locaux évoluent souvent dans l’ombre des stars étrangères (c’est une lecture partagée par beaucoup d’observateurs, pas une vérité scientifique).

Et c’est là que ça se complique pour le royaume. Selon Al Jazeera, l’Arabie saoudite a investi près de 2 milliards de dollars dans le football en trois ans, attirant Cristiano Ronaldo, Karim Benzema ou Neymar en Saudi Pro League. Le championnat brille, les clubs pèsent en Asie, mais la sélection, elle, ne progresse pas en Coupe du monde. Conséquence directe de l’élimination : le président de la fédération, Yasser Al-Misehal, a annoncé sa démission.

Saud Abdulhamid, le fil rouge avec la Ligue 1

Pour les supporters français, un nom ressort de cette liste. Saud Abdulhamid était le seul joueur du groupe évoluant hors du championnat saoudien, alors sous le maillot du RC Lens. Le latéral droit venait juste de remporter la Coupe de France avec les Sang et Or, devenant le premier Saoudien à gagner un trophée national en Europe.

Titulaire contre l’Uruguay, il incarne une piste que la fédération aurait tout intérêt à creuser : envoyer plus de jeunes se frotter aux championnats européens. Un seul expatrié dans une liste de Coupe du monde, franchement, c’est peu.

L’Asie à la peine, l’Espagne sur le toit du monde

L’Arabie saoudite n’a pas été la seule à souffrir. Sur les neuf sélections asiatiques présentes, seuls le Japon et l’Australie ont franchi la phase de groupes. Le Qatar, l’Iran, la Corée du Sud, l’Irak, la Jordanie et l’Ouzbékistan sont tous rentrés tôt. Un vrai coup de froid pour la zone AFC, qui avait obtenu davantage de places grâce au passage à 48.

À l’inverse, le groupe H a fini par accoucher du champion. L’Espagne a sorti l’Autriche (3-0), le Portugal (1-0), puis la Belgique en quarts, avant de dominer la France en demi-finale (2-0). En finale, le 19 juillet au MetLife Stadium, Ferran Torres a offert à la Roja sa deuxième étoile face à l’Argentine (1-0 après prolongation), seize ans après le sacre de 2010.

Petite ironie de l’histoire : en 2022, les Saoudiens avaient battu le futur champion du monde. En 2026, ils ont pris quatre buts contre lui. Quant au Cap-Vert, son conte de fées s’est arrêté en seizièmes contre l’Argentine, battu 3-2 après prolongation à Miami, après être revenu deux fois au score.

Un palmarès mondial bloqué depuis 1994

Ce Mondial nord-américain avait un parfum particulier pour les Saoudiens. C’est aux États-Unis, en 1994, qu’ils ont vécu leur plus belle aventure, avec ce but légendaire de Saeed Al-Owairan contre la Belgique après une course de 60 mètres. Depuis, plus rien au-delà du premier tour. Le parcours complet :

  • 1994 (États-Unis) : huitièmes de finale, la meilleure performance de l’histoire du pays ;
  • 1998 (France) : phase de groupes ;
  • 2002 (Corée du Sud et Japon) : phase de groupes, avec le cauchemar du 8-0 contre l’Allemagne ;
  • 2006 (Allemagne) : phase de groupes ;
  • 2018 (Russie) : phase de groupes, malgré une victoire contre l’Égypte ;
  • 2022 (Qatar) : phase de groupes, avec la victoire 2-1 contre l’Argentine ;
  • 2026 (États-Unis, Canada, Mexique) : phase de groupes, dernière du groupe H.

Sept participations, une seule sortie de poule. Le constat est dur, mais il est honnête. Les Faucons verts savent créer l’exploit d’un soir. Ce qui leur manque, c’est la régularité sur trois matchs.

Et maintenant ? Coupe du Golfe, Coupe d’Asie et horizon 2034

La bonne nouvelle, c’est que la réaction est arrivée vite. Début octobre, l’Arabie saoudite a remporté la 27e Coupe du Golfe, organisée à Djeddah, en battant les Émirats arabes unis en finale (2-0). Le quatrième titre de son histoire dans la compétition. En demi-finale, il avait fallu passer par les tirs au but contre le Qatar après un 0-0. Le tout sans Salem Al-Dawsari, opéré d’une blessure au genou.

Dans la foulée, des rumeurs de presse annonçaient l’arrivée d’un technicien espagnol. Le 8 octobre, la fédération a coupé court : Donis reste en poste. Mais attention, la vraie échéance arrive très vite. Les prochains rendez-vous à cocher :

  • janvier 2027 : la Coupe d’Asie, organisée à domicile, avec un coup d’envoi prévu le 7 janvier ;
  • juillet 2027 : la fin du contrat de Georgios Donis, qui jouera gros sur ce tournoi continental ;
  • les éliminatoires du Mondial 2030, organisé par le Maroc, l’Espagne et le Portugal ;
  • 2034 : la Coupe du monde en Arabie saoudite, attribuée par la FIFA fin 2024.

Une Coupe d’Asie à la maison, c’est l’occasion parfaite de réconcilier le public avec sa sélection. Le pays l’a remportée trois fois (1984, 1988, 1996), mais plus depuis trente ans. Et dans huit ans, le royaume recevra le monde entier. Il faudra une équipe à la hauteur des stades.

Les questions qu’on se pose sur l’Arabie saoudite au Mondial 2026

Dans quel groupe jouait l’Arabie saoudite à la Coupe du monde 2026 ?

Dans le groupe H, avec l’Espagne, l’Uruguay et le Cap-Vert.

Quel a été le classement final de l’Arabie saoudite ?

Quatrième et dernière du groupe H, avec 2 points (deux nuls, une défaite) et une différence de buts de −4.

Qui a marqué le seul but saoudien du tournoi ?

Le défenseur Abdulelah Al-Amri, à la 41e minute contre l’Uruguay, en reprenant un ballon repoussé par Fernando Muslera.

Pourquoi l’Uruguay a-t-il terminé devant l’Arabie saoudite ?

Les deux équipes avaient 2 points. L’Uruguay est passé devant grâce à une meilleure différence de buts (−1 contre −4). Mais aucune des deux ne s’est qualifiée.

Qui était le sélectionneur de l’Arabie saoudite pendant le Mondial ?

Le Grec Georgios Donis, nommé en avril 2026 pour remplacer Hervé Renard. La fédération l’a confirmé dans ses fonctions en octobre.

Quel est le meilleur résultat de l’Arabie saoudite en Coupe du monde ?

Un huitième de finale en 1994, aux États-Unis. Depuis, la sélection n’a jamais passé le premier tour.

Quelle est la prochaine grande compétition des Faucons verts ?

La Coupe d’Asie 2027, organisée en Arabie saoudite à partir du 7 janvier. Le pays accueillera ensuite la Coupe du monde 2034.

Le Mondial 2026 restera comme une occasion manquée pour l’Arabie saoudite : un groupe ouvert, un format généreux, et au final deux petits points. La Coupe du Golfe a remis un peu de baume au cœur, mais personne à Riyad ne s’y trompe. Le vrai test, c’est janvier, devant son public. Donis tiendra-t-il jusqu’en 2027, ou la fédération changera-t-elle encore de cap avant le grand rendez-vous de 2034 ?

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